Les Arènes – « Géohistoire » de Christian Grataloup

Les Arènes, Octobre 2023, 528 pages, 24 €

En cette fin d’année 2023, les éditions des Arènes publient un essai particulièrement stimulant, écrit par le président d’honneur des Concours Carto, Christian Grataloup.

Cette « espèce qui a particulièrement bien réussi » (page 24) se caractérise par une diffusion sur la quasi-totalité des terres émergées (Antarctique exceptée), la construction de liens sociaux et l’adaptation à l’existence ou l’absence de pressions démographiques locales.

L’un des atouts de l’ouvrage est d’être à la fois très dense (plus de 500 pages), précis (exemples développés et mis en perspective) et didactique. Convoquant de temps en temps l’uchronie afin de répondre à la question « et si ? », le récit est dynamique.

On mesure encore mieux la dispersion si on simule l’éloignement moyen entre les personnes en imaginant que les humains soient également répartis sur les terres. Pure fiction, bien sûr, puisque ce serait le contraire de toute existence sociale. Aujourd’hui, nous serions à 150 mètres les uns des autres, ce qui n’est pas le métro à 18 heures. Au XVe siècle ,l’écart aurait été de 600 mètres : même en hurlant, impossible de se parler. Au début de notre ère, de 820 mètres, et au début du Néolithique de 5,6 kilomètres… Alors sommes-nous trop nombreux sur Terre ?

Source : « Géohistoire » de Christian Grataloup, les Arènes, 2023, pages 26

Au milieu de l’ouvrage, un petit cahier de cartes en couleur tirées de l’Atlas historique mondial permet aux lecteurs de localiser et de situer les exemples définis dans le texte. Par exemple, l’adaptation d’un graphique de l’Ined permet de comprendre sur le temps long la croissance démographique depuis -70 000.

Parmi les très nombreux exemples étudiés (des Comanches du XVIIe siècle jusqu’à Phileas Fogg en passant par les empires des steppes), l’auteur casse les idées reçues à propos de la Controverse de Valladolid de 1550-1551, étudiée en classe de Cinquième et de Seconde. Elle « n’a que régulé théoriquement les modalités de conversion et d’exploitation des autochtones américains » (page 12).

Cette lecture accessible plaira aux enseignants de collège, lycée et de l’enseignement supérieur afin de voir autrement la « révolution néolithique », les migrations des Polynésiens, l’effondrement démographique en Amérique et dans les Caraïbes aux XV-XVIe siècles, ou encore le rôle de la domestication des plantes et des animaux.

Un beau et long voyage sur les traces du peuplement de la Terre, depuis le Paléolithique supérieur jusqu’au franchissement de la barre symbolique des 8 milliards d’êtres humains.

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